Nouveaux médicaments pour les maladies des pays en développement

Les compagnies pharmaceutiques ont actuellement peu d’intérêt financier pour développer les médicaments les plus nécessaires pour les populations pauvres du monde. Elles essaient plutôt de tirer un profit maximal en changeant des médicaments déjà existants. Ceci, bien sûr, allonge le temps pendant lequel elles profitent des « brevets » de leur production. Elles développent aussi les médicaments qui visent les maux dont souffrent ceux qui peuvent se payer ces produits.

Les gouvernements riches ont été lents à financer la recherche qui bénéficierait aux pauvres des autres nations et des maladies telles la tuberculose, la malaria, la maladie du sommeil et beaucoup d’autres sont devenues, pour une large part,  ignorées alors que des fonds sont alloués pour perfectionner les traitements pour les diabétiques, les obèses,  les anxieux et les insomniaques, maux qui affectent surtout les riches.

Les brevets et les prix élevés ont été traditionnellement le moteur pour les investissements de Recherche et Développement (R&D) pour les nouveaux médicaments. Des prix élevés, cela signifie que beaucoup de personnes s’en voient refuser l’accès. Les pays en développement font face à un sérieux défi en combattant des maladies mortelles telles la tuberculose, le SIDA, la maladie du sommeil, la fièvre typhoïde, etc., maladies pour lesquelles les produits brevetés sont rares dans la liste des médicaments de base de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le système actuel a échoué assez dramatiquement en Afrique. Même dans les pays industrialisés, des prix élevés et une couverture d’assurance limitée pour les médicaments les plus récents en réduit l’accès. L’usage du prix des produits comme moteur, conduit à trop d’investissement dans de nouveaux médicaments qui n’offrent qu’une maigre marge de progrès par rapport aux produits existants, alors que des produits qui peuvent ouvrir de nouvelles voies dans les traitements des maladies sont assez peu encouragés.

Un cas illustre l’échec du système des brevets qu’on encourage pour le développement de médicaments nouveaux à des prix abordables ainsi que du diagnostique. C’est celui d’un test simple et peu onéreux pour la tuberculose, au moment où cette maladie, en lien avec le VIH/SIDA, tue 4.500 personnes par jour et étend ses ravages de manière alarmante.

La procédure de R&D pour des nouveaux médicaments est lente et onéreuse, surtout pour les tests cliniques opérés sur des personnes. Les investissements du secteur public et des donneurs sous la forme de subventions sont importants pour le développement de médicaments sans marge bénéficiaire, là où le soutien gouvernemental est essentiel. Ces partenariats veulent cependant s’assurer que les efforts en faveur du développement de nouveaux médicaments s’orientent vers des projets qui ont les meilleures chances de succès. De nouveaux mécanismes pour le développement de médicaments pour les maladies négligées doivent être inventés.

Et pourtant, développer des médicaments pour les maladies négligées ne suffit pas. Le traitement doit être accessible alors qu’une poignée de règles sur les brevets et de traités internationaux empêchent l’apparition de nouveaux médicaments et leur accès à ceux qui en ont besoin. Les chercheurs aussi se heurtent à la barrière du nombre élevé de brevets.

Ouverture dans la recherche et le développement de nouveaux médicaments

En mai 2008, après deux ans de négociations difficiles, les délégués de l’assemblée annuelle de l’OMS ont adopté une stratégie globale avec de nouveaux schémas. Ceci ouvre la voie à une réforme du système actuel de la recherche médicale et au développement de nouveaux médicaments pour des populations qui jusqu’à présent, dans le monde en développement, n’y avaient pas accès.

La « stratégie mondiale de la santé publique, de l’innovation et de la propriété intellectuelle » vise à promouvoir de nouvelles approches pour le domaine pharmaceutique de R&D et encourage le développement de médicaments et autres produits qui vont répondre aux besoins prioritaires de la santé et rendre ces produits accessibles sur base  abordable. Ceci est une brèche importante dans le domaine de la santé publique et des maladies qui touchent les populations des pays en développement. Ce sera bénéfique pour des millions de personnes pendant beaucoup d’années.

La stratégie incite les gouvernements à soutenir des nouvelles façons d’encourager la recherche et le développement des médicaments, des vaccins et des appareils pour le traitement des maladies négligées par les grandes compagnies pharmaceutiques même quand leur offrent  marché n’est pas profitable. Il s’agit d’une belle avancée de l’OMS.

Les défenseurs du système brevet-monopole de R&D, actuellement en vigueur, ont traité l’innovation et l’accès comme des objectifs contradictoires. Grâce à l’approbation de cette nouvelle stratégie, les pays de la planète ont pour la première fois reconnu que l’innovation et l’accès sont des objectifs complémentaires pour la santé publique.
Une provision avancée par les délégués des pays les moins développés qui voulaient mettre le droit à la santé avant les intérêts commerciaux a été effacée de la résolution finale avant le vote de l’assemblée plénière, ceci après la forte opposition des pays développés. Les groupes de plaidoyer qui  travaillent pour « L’accès à des médicaments de base » accueillent cette initiative mais avec une certaine réserve.

Les gouvernements ont appelé l’OMS à  jouer un rôle central et stratégique dans le domaine de la propriété intellectuelle. « Nous avons besoin de plus d’argent pour R&D, mais l’argent n’est pas la réponse unique. Nous avons besoin également de modèles pour stimuler le R&D et assurer l’accès à de nouveaux médicaments et de nouveaux diagnostiques » assure un délégué.

Cependant le financement de R&D pour la santé de base reste un problème. Les membres de l’OMS doivent encore se mettre d’accord sur des aspects clés du plan d’action qui accompagnent la stratégie. Ceci inclut les estimations des fonds nécessaires, les sources de financement ainsi que la contribution à de nouveaux mécanismes qui encouragent l’innovation. Un groupe d’experts va examiner les propositions pour de sources innovatrices de financement. Ces schémas devraient comprendre : des prix qui priment l’encouragement au développement de médicaments, l’engagement à acheter de nouveaux médicaments ou vaccins, ainsi que la mise en commun de brevets, où leurs détenteurs partagent leur technologie pour offrir une plateforme commune pour plus d’innovation. Un cas concret pourrait être un prix de financement pour encourager le développement du diagnostique de la tuberculose. Ce groupe doit finaliser le plan d’action pour son approbation à l’assemblée de l’OMS de 2009.

Begoña Iñarra

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