1510 Comment un vieux médicament essentiel générique devient… un médicament spécialisé de luxe!

Depuis quelques mois, on assiste à des pénuries de médicaments et à des augmentations brutales et inexpliquées du prix de certains médicaments, y compris dans les pays du Nord ; ceci a pour effet de constituer une barrière pour l’accès aux soins, surtout des patients économiquement faibles. Souvent la raison de ces problèmes est purement commerciale.

 

Voici des informations données par le New-York Times au sujet de l’ascension vertigineuse du prix du Daraprim.

La pyrimethamine, un médicament générique vieux de soixante-deux ans pour traiter la malaria et la toxoplasmose, est disponible sur le marché américain sous le nom commercial de Daraprim° et en Europe sous le nom de Malocide°.  Dans les années cinquante aux USA, un comprimé de Daraprim coûtait $1.

 

Il faut savoir que le Daraprim est utilisé :

-          en combinaison avec la sulfadoxine pour traiter la malaria sous le nom de Fansidar° et

-          en combinaison avec la sulfadiazine pour traiter la toxoplasmose, une maladie qui peut provoquer des infections transplacentaires graves et qui frappe aussi les patients sidéens, donc immunodéprimés.

 

Les droits de commercialisation aux USA du Daraprim fabriqué par la firme pharmaceutique  GlaxoSmithKline furent vendus par cette firme à la firme CorePharma en 2010.

 

La firme Impax Laboratories racheta CorePharma et ses filiales en 2014. Impax retira alors le Daraprim de la vente en pharmacie pour contrôler lui-même la distribution, ce qui lui permit de majorer son prix et de contrecarrer la fabrication du Daraprim par les fabricants de génériques ; en effet, aux USA, les fabricants de génériques ne peuvent fabriquer facilement les médicaments possédés par les firmes pharmaceutiques en raison des contrôles pointilleux de l’administration qui rendent difficile l’acquisition des échantillons nécessaires pour faire les tests de qualité requis. Cela met les firmes propriétaires des droits de commercialisation dans une position de monopole de fait.

 

En août 2015 les droits de commercialisation du Daraprim furent rachetés à la firme Impax Laboratories par la firme Turing Pharmaceuticals pour $55 millions et le prix du comprimé de Daraprim passa immédiatement de $13,50 à $750; pour les patients au traitement de longue durée cela signifie une facture annuelle de centaines de milliers, voire de millions  de dollars.

 

Devant ces prix prohibitifs, l’hôpital de Mont Sinaï ne pourra plus garder le Daraprim en stock, ce qui entraînera des délais dans la mise en traitement des malades ; de plus chaque cas nécessitant un traitement au Daraprim fera l’objet d’un examen approfondi pour voir si un traitement alternatif moins efficace mais moins cher ne pourra pas suffire.

Interrogé à ce sujet, M. Martin Shkreli[1], 32 ans, le fondateur et le directeur exécutif de Turing, répondit que le médicament était si peu utilisé que l’impact sur la santé publique serait négligeable et qu’il utiliserait l’argent gagné pour la recherche de médicaments pour lutter contre la toxoplasmose.

 

Au Centre de la toxoplamose de l’université de Chicago par contre, la direction se plaint moins car Turing a livré rapidement le Daraprim aux patients, parfois même gratuitement. Elle espère pouvoir ‘gérer’ la nouvelle situation.

Depuis lors, M. Shkreli a décidé de rabaisser le prix mais on ne sait pas de combien.

On pourrait citer d’autres exemples comme un antibiotique et des médicaments pour le cœur dont le prix a aussi connu des augmentations astronomiques après le rachat des droits de commercialisation.

 

Voilà ce qui arrive quand des individus peu scrupuleux profitent des failles d’un marché insuffisamment régulé et dont les autorités régulatrices elles-mêmes sont en partie financées par les firmes pharmaceutiques (Food and Drug Administration).

 

(source : e-drug@healthnet.org du 21 septembre).

 

Christian Roberti


[1] Il est bien connu depuis ses vingt ans dans le monde des affaires pour avoir créé une compagnie de hedge fund et pour sa lutte pour contrecarrer les fabricants de médicaments génériques.

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