1402 La chute des systèmes de santé en Europe a suivi celle de l’Afrique

tl_files/aefjn-images/im_meds/im_medicines/1402/Health-_Mobilisation_Feb_2014_01.jpgPour faire face à la crise qui a affecté profondément l’Union européenne (UE), celle-ci a soumis les pays membres à d’énormes coupures budgétaires. Ceci joint à d’autres mesures a affecté négativement les systèmes de santé et de protection sociale qui sont en train de subir un grand changement et une privatisation accélérée tant dans  le nord que dans le Sud de l’Europe. Cette précarité des systèmes de santé européens, impensable il y a quelques années, a suivi la tendance des pays en développement où des politiques imposées internationalement ont affaibli fortement les services de santé publics. La santé nous concerne tous et toutes tant dans des pays développés que dans le monde occidental. Nos intérêts convergents nous poussent à unir nos efforts pour obtenir des services de santé publics de qualité partout, afin que de protéger la santé de tous. 

 

Les pays du Sud ont servi de cobayes

 

La marchandisation des systèmes de santé et de protection sociale a commencé au milieu des années 80. Le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM) et les puissances occidentales ont imposé aux pays du sud des programmes d’ajustement structurel (PAS) qui donnait la priorité au remboursement de leur dette ‘souveraine’ avant de défendre les droits à la santé de la population. De façon systématique, des politiques néolibérales imposées par le FMI, la BM, l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ont conduit à la privatisation de la santé et de la protection sociale. Cela a abouti au démantèlement des services de santé, et à des situa­tions sanitaires terribles en Afrique subsaharienne et en Amérique du sud. Bien plus, là où des gouvernements démocratiquement élus voulaient mettre en place une protection sociale uni­verselle, des manœuvres de déstabilisation et de pressions ont eu lieu. Les PAS et plus tard les  traités commerciaux et des investissements ont été les moyens pour imposer ces politiques de libéralisation et de privatisation qui ont détruit les services publics dans les pays en développement.

 

L’Europe touchée par la privatisation des services de santé

 

Après la seconde guerre mondiale des dispositifs de protection sociale en Europe ont joué un rôle fondamental dans le bien-être de la population. L’austérité et des ajustements structuraux ont été la réponse de l’UE à la crise, avec des effets négatifs sur les économies. La coupure du financement des systèmes de santé a eu comme conséquence la dégradation des systèmes de santé et de l’ensemble des mécanismes de protection sociale des Etats.  

 

Aujourd’hui la santé, qui était un bien commun de toute la population, est devenue, aussi en Europe, l’objet d’un marché concurrentiel. Depuis le début de la crise financière en EU, une forte offre privée vient supplanter les services publics non marchands. Voici quelques examples. La société allemande Fresenius, a racheté en 2013, 43 hôpitaux à la compagnie Rhön- Klinikum AG et devient ainsi le leader européen incon­testé des cliniques commerciales avec ses 175.000 salariés. En Allemagne entre 1995 et 2010 la proportion des hôpitaux privés a doublé pour atteindre 33%, au même temps que le nombre total des hôpitaux a diminué de 11%[1]. Le Groupe français Korian, spécialiste des maisons de retraites commerciales, a fusionné en septembre 2013 avec le groupe Medica pour devenir le leader européen de ‘l’or gris’. Les Multinationales allemandes et françaises cherchent à avoir de profits encore plus grands. Partout on favorise le privé au détriment des systèmes publics. Cependant, il est démontré scientifiquement et économiquement que le système non marchand, solidaire et universel, est largement plus efficient que le système privé marchand. La protection sociale fonctionne, car grâce à ce modèle l’espé­rance de vie dans l’UE est parmi les plus élevées au monde, et son niveau de santé envié a un coût relativement faible. Les dogmes de l’économie libérale ne s’appliquent pas à la santé, car celle-ci n’est pas une marchandise !

 

Du sous-investissement public à la mondialisation financière

 

Le début des années 90 a marqué une réorientation des politiques publiques dans le monde vers la réduction des moyens publics, et la diminution des impôts et des cotisations de la sécurité sociale. L’éducation, la prévention et l’action sur les détermi­nants de la santé, ont été les premiers à faire les frais de ces politiques. Ce fut le point de départ d’un sous-investissement, d’une offre de soins insuffisante et d’une diminution de la qualité. Le vieillissement de la population accroît de façon importante les besoins, sans trouver une réponse adéquate dans des services publics. L’Allemagne, les Pays Bas et la Suisse ont introduit à ce moment leur système d’assurance maladie avec un libre choix des assureurs. Aussi la suppression des institutions de proximité et les fusions ont éloigné les bénéficiaires, pendant que la participation financière des patients augmentait significativement. Les longues files d’attente montrent l’insuffisance de l’offre publique.

 

Le manque de financement public a conduit de nombreux gestionnaires, même publics, à sous-traiter une série d’activités, telles que la logistique (cuisine, entretien, buanderie…), mais aussi des activités diagnostiques (radiologie, laboratoire…). La ‘responsabilisation’ des patients les pousse à prendre des assurances privées. Il se développe une offre de santé commerciale ne bénéficiant pas des prestations de la couverture sociale. Dans certains pays, les opérateurs commerciaux ont même la possibilité d’accéder au financement public, basé sur coût par maladie, ce qui engendre une sélection des maladies les plus rentables et la spécialisation des groupes commerciaux et des multinationales de la santé autour des pathologies les plus lucratives, laissant aux opérateurs publics les pathologies et les patients les moins ‘rentables’.

 

La commercialisation avance à grands pas.

 

Le traité de Maastricht (1992) réaffirme la libre concurrence et la liberté d’installation. Suite à la libéralisation des services en 2006, l’Europe a tenté de définir les Services d’Intérêt général qui pouvaient être exclus de la libre concurrence et la libre installation, mais les soins de santé étaient exclus. Profitant de ce cadre, les opérateurs à but lucratif ont considéré les subsides comme des ‘aides d’Etat’ faussant la libre concurrence. Ils ont intenté des procès aux Etats, en exigeant plus de parts de marché. Ils veulent s’approprier la manne financière colossale que constituent la protection sociale et les services de santé, qui relèvent encore majoritairement de financement d’état ou est socialisé au sein de régimes de sécurité sociale.

 

L’Europe a imposé à tous, mais surtout aux pays les plus touchés par la crise, des remèdes axés sur le marché des services. Mais encore plus grave est la proposition de la Commission des ‘Obligations à impact social’ pour résoudre le problème du financement. Dans ce système, un fond privé investit dans un projet social. Et si certains résultats sont atteints, l’Etat verse un retour sur investissement au fonds privé. Cela permettrait à des acteurs financiers de s’accaparer de l’argent qui devrait servir à répondre aux besoins de la population.

 

La réponse de la société

 

Pendant des années des groupes et des réseaux se sont unis au niveau mondial, pour lutter contre la privatisation, la commercialisation de la santé et de la protection sociale et le démantèlement de ces systèmes dans les pays en développement.Ces dernières années ces réseaux se sont élargis pour incorporer la lutte contre la marchandisation des systèmes de santé et de protection sociale en Europe. Ceci a fait l’objet de mobilisations importantes particulièrement au sud du continent où la crise se fait sentir plus fortement. La justice et la mobilisation populaire a Madrid, connue comme la « marée blanche » sont arrivés à arrêté le procès de privatisation. Une bataille a été gagné mais la guerre contre la privatisation continue.

 

Begoña Iñarra

 

Pris de « La santé, la protection sociale ne sont pas à vendre » 
http://www.sante-solidarite.be/sites/default/files/manifeste_du_reseau_europeen.pdf



[1] Selon l’Office fédéral des statistiques Destatis.

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