Matières premières et consommation globale

La Banque Mondiale
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La course aux ressources naturelles qui se font rares et la croissance continuelle de la consommation font de l’Afrique un continent convoité par l’Union européenne et ses agences transnationales. Les matières premières jouent un rôle clé dans la compétitivité, spécialement dans le domaine des nouvelles technologies. L’Union européenne est préoccupée de s’assurer un accès aux matières premières[1] telles que les minerais, le pétrole et le gaz nécessaires à l’énergie et d’assurer la production de biens et de nouvelles technologies qui respectent l’environnement.

 

       Présentement, les Européens consomment quatre fois plus de ressources que les pays africains. En outre, la croissance de la consommation globale pousse les nations en concurrence à contrôler les ressources naturelles de l’Afrique[2]. Les prévisions font entrevoir pour l’Union Européenne un problème sérieux d’approvisionnement en énergie et en autres ressources non-énergétiques à cause de la concurrence pour les ressources naturelles avec les pays émergents (BRICS) ainsi qu’avec les pays industrialisés comme les USA et le Japon. Comment cette consommation globale va-t-elle affecter l’Afrique ?

 

       La croissance de la consommation des matières premières interfère directement avec l’exploitation des ressources naturelles en Afrique ainsi qu’avec le contrôle de ses mines. Cette croissance induit de nouveaux niveaux de production et d’épuisement des ressources en Afrique et engendre de nouveaux conflits armés pour s’assurer le contrôle des ressources naturelles[3] comme pourrait bien l’être la récente intervention militaire de la France au Mali ou le conflit continu pour le contrôle de l’extraction du coltan au Congo (RDC). Cette situation affecte aussi les populations de ces régions minières. L’exploitation des minerais et du pétrole contamine l’environnement autour des mines et des sites d’exploitation ; les moyens de subsistance et la santé des populations en subissent les contrecoups. En plus, les ouvriers doivent travailler de longues heures dans des conditions de travail misérables quand ce ne sont pas les enfants au travail qui mettent leur vie en danger.

 

        En deuxième lieu, la pression continue exercée par l’U.E. pour imposer ses politiques en vue de s’assurer l’approvisionnement en matières premières réduit considérablement l’indépendance des pays africains dans la manière de résoudre leurs propres problèmes économiques. L’U.E. insiste sur la libéralisation de l’accès aux matières premières mais les conséquences positives sont principalement à l’avantage de l’U.E. L’accès libre aux matières premières, les bas salaires, l’absence de contrainte dans le traitement des déchets et le mépris pour l’environnement permettent aux compagnies européennes de réduire leur coût de production et d’accroître ainsi leur compétitivité face aux biens produits dans le monde émergent[4]. Quand les matières premières sont exportées, l’Afrique est privée de la possibilité de développer son secteur industriel et de créer de nouveaux emplois. L’Afrique est ainsi confrontée à un double problème : d’une part, le besoin de développer sa production domestique en transformant ses matières premières et, d’autre part, la nécessité d’être compétitive face aux autres pays.

 

      Enfin, et non le moins important, la consommation mondiale en croissance a un effet désastreux sur l’environnement. Le système économique néolibéral se préoccupe peu des déchets résultant de la production et de la consommation, ainsi que des problèmes de la biodiversité, de la pollution des eaux, de la dégradation du paysage et du réchauffement climatique affectant sérieusement les pays africains. Plus la consommation augmentera et plus il y aura un impact social et environnemental en Afrique[5] La consommation toujours croissante exigera de l’Afrique toujours plus de matières premières. Cela a pour conséquence que les gouvernements touchent des revenus importants et qu’ils font moins attention aux conséquences à long terme. L’U.E. désire imposer un encadrement légal aux gouvernements africains mais pas à ses compagnies qui opèrent en Afrique et elle est même prête à s’opposer aux gouvernements si leur réglementation contrarie ses intérêts.

 

       La récente croissance économique enregistrée par les pays africains au cours des dernières années ne suffit pas à enrayer la pauvreté. Les pays africains devront prendre des initiatives pour assurer la protection de leur économie en favorisant la production locale, la création d’industries capables de transformer leurs matières premières, en exigeant la transparence des accords avec les multinationales qui opèrent sur leur territoire et en donnant la priorité à la résolution des problèmes sociaux et environnementaux pour garantir l’avenir des générations futures. Mais avant tout, la consommation globale est un problème qui demande une solution au niveau de la responsabilité dans le changement des habitudes de consommation des gens. La dynamique de l’économie et de la consommation en croissance ne peut pas négliger l’équilibre entre le développement social et la conservation de la nature.

 

José Luis Gutierrez Aranda

Responsable des orientations de l’AEFJN

 

 



[1] The Raw Materials initiative. Communication from the Commission to the EP and the Council, 2008. http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ.do?uri=COM:2008:0699:FIN: en PDF

[2]  El Creciente aumento del mercado de consumo en Africa, Esade 2012

[3] Raw Materials Diplomacy, Africa and Europe in Partnership http://www.africa-eu-partnership.org/focus/raw materials-diplomacy

[4] EPA—EU’s fight for Raw Materials and Market for its products. Prosper Kwesi Acquah   http://www;ghanaweb.com/GhanaHomePage/NewsArchive/artikel. Php?ID=243196 

[5] The State of Consumption Today http://www.worldwatch.org/node/810

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