1605 La faim durable de l’Afrique et les programmes récurrents d’aide alimentaire de l’UE

Les programmes d’aide alimentaire et de sécurité alimentaire sont-ils si jolis qu’ils n’y paraissent ? A en juger par ce que nous avons vu et expérimenté en Afrique, nous, à AEFJN, avons de grandes réserves à propos de ces programmes. Les données de l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de 2010-2012 [2] sont très éclairantes ! Selon elles, il y a un total de 868 millions de personnes sous-alimentées dans le monde. Elle estime de plus que 239 millions, ou moins de 27% de ce nombre, vivent en Afrique. Etonnament, selon les mêmes données, 568 millions de personnes sous-alimentées dans le monde vivent en Asie, ce qui est énorme. L’Inde à elle seule compte 217 millions de personnes sous-alimentées (un peu moins que toute l’Afrique), alors que la Chine, malgré la réduction remarquable de la faim observée au cours des années, avait encore environ 158 millions de personnes sous-alimentés. Ainsi, l’image de l’Afrique comme le continent où vit la majorité des affamés de la terre n’est pas basée sur des faits. Et l’insistance continue de la propagande occidentale  à lui coller l’étiquette du continent le plus sous-alimenté, demande, à la lumière des faits disponibles, que tous ceux qui sont authentiquement intéressés au vrai développement du continent africain y regardent de plus près.

 

Un certain nombre de questions demandent des réponses ! Qu’est-ce qui justifie une telle propagande ? Dans les années 1980, l’Asie, menée par la Chine et le Japon, a rejeté à juste titre le cadre du FMI et de la Banque Mondiale pour le développement et les programmes d’ajustement structurel qui l’accompagnaient. Ils étaient vus comme empêchant de créer un modèle de politique différent de celui de l’Occident, pour s’occuper de leurs défis économiques et de la faim. Mais ces pays avaient une vision associée à une volonté politique et ils s’y sont tenus. Aujourd’hui, ils sont des économies émergentes et on applaudit ces ‘tigres asiatiques’. En fait, la Chine est un membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, une position qui, entre autres, dépend largement de la force économique d’un pays et de ce qu’il peut donner à l’ONU. Tout cela est arrivé parce que les pays asiatiques ont eu le courage d’oser, de chercher des solutions locales à leurs problèmes locaux. Ils ne sont plus étiquetés comme les plus sévèrement sous-alimentés même si, statistiquement, ils ont, en tant que continent, le nombre le plus élevé de personnes sous-alimentées. Ils ont montré qu’ils sont capables de gérer eux-mêmes leurs problèmes.

 

Au contraire, les gouvernements africains ont encore à faire preuve de la même ténacité et résilience dans leur réponse aux défis économiques et de la faim du continent. Par conséquent, la logique sous-jacente des pays  occidentaux n’est pas tellement celle des statistiques des personnes sous-alimentées ; c’est celle d’un agenda économique habillé sous les oripeaux de programmes d’aide et de sécurité alimentaire.

 

En effet, un programme d’aide alimentaire est très utile en cas d’urgence, spécialement s’il y a un programme concomitant pour traiter les problèmes systémiques qui sous-tendent la faim. Cependant, ceci a été le lien manquant dans les divers programmes d’aide alimentaire composés pour l’Afrique et qui, à la longue, minent la réalisation de la sécurité alimentaire sur le continent. Des programmes prolongés d’aide alimentaire pour certains pays africains ont éteint la production alimentaire locale, fait croître le chômage, détruit les cultures et systèmes alimentaires locaux ; ils ont induit un malaise psychologique et un cycle de dépendance qui ont maintenu l’Afrique dans un mode de survie et de dépendance perpétuelle. Il n’est pas déplacé de déclarer que les gouvernements nationaux africains investissent maintenant un minimum dans l’agriculture, avec l’espoir qu’il y aura une aide alimentaire pour eux.

 

La saga des aides alimentaires à l’Afrique n’est pas devenue un outil d’exploitation de ses ressources? Autrement, pourquoi l’UE dépense-t-elle davantage en programmes d’aide alimentaire à l’Afrique qui maintiennent les bénéficiaires dans une situation de dépendance, plutôt que de les rendre assez forts pour ne dépendre que d’eux-mêmes ? Quelle image la coopération l’UE donne-t-elle d’elle-même en étant incapable de développer des infrastructures qui permettraient à l’Afrique de répondre à ses défis d’une manière plus durable?

 

En réalité, l’aide alimentaire prolongée à l’Afrique a créé des rapports de forces entre l’UE et l’Afrique tout à fait défavorables à cette dernière. Alors que les pays asiatiques sont maintenant des géants économiques, les pays africains continuent d’être des nations mendiantes, une situation plutôt paradoxale malgré les innombrables programmes d’aide concoctés par l’UE et de ses alliés. Il faut définitivement mettre en lumière les aspects cachés des programmes d’aide alimentaire que l’Afrique à reçu sous différents étiquettes : tant les donateurs que les receveurs ont besoin de réexaminer leurs rôles !

 

Chika Onyejiuwa, CSSp

Executive Secretary



[1] 1 acre de terre : 0.40 hectares

Go back