1506 Addis Ababa 2015: Le temps est-il venu?

Ⓒ UN

Comme les préparatifs pour la 3e Conférence sur le financement pour le développement (FfD) à Addis Ababa progressent, les nations du Sud sont anxieuses, retenant leur respiration et se demandant quel cadre de politique financière émergera pour être adopté en exécution du programme de développement d’après-2015. Il ne suffit pas d’avoir un programme ambitieux, il faut qu’un cadre financier robuste y corresponde, sans quoi l’après-2015 devient une ces rhétoriques creuses de l’ONU. Le programme présente une merveilleuse vision d’un changement de paradigme pour les personnes et pour la terre[1], mais ce qui reste à garantir est la volonté politique de poursuivre le programme. Le résultat de la conférence FfD est en effet crucial, non seulement pour la quête des nations en développement afin de briser le joug de la pauvreté, mais aussi pour la paix et la sécurité des nations développées.

 

La crise migratoire actuelle est le sommet d’un iceberg de ce qui a des chances de se produire si on échoue à traiter adéquatement les problèmes de pauvreté derrière la crise. Pendant que l’UE renforce ses lois sur l’immigration pour mettre fin à la migration vers l’Europe, davantage de gens prennent le risque de perdre leur vie en traversant la Méditerranée. Il faut encore que les décideurs politiques deviennent conscients que ce n’est pas que les migrants n’attachent pas de prix à leur vie, mais que c’est l’instinct de survie qui les pousse à s’embarquer pour le voyage inquiétant outremer. L’alternative est moins honorable et n’est pas en accord avec l’esprit humain : mourir silencieusement sans lutte. La tâche devant les négociateurs de FfD est un appel de clairon à s’occuper des facteurs réels qui sont responsables de la crise migratoire et à introniser des structures pour un développement inclusif et durable. Ban KI-Moon, secrétaire général de l’ONU, l’a exprimé succinctement lorsqu’il a déclaré que “le développement après-2015 offre une opportunité unique aux dirigeants mondiaux et aux peuples du monde pour mettre fin à la pauvreté, transformer le monde pour mieux répondre aux besoins humains tout en protégeant notre environnement’’[2].

 

Le rapport européen sur le développement 2015 (ERD) qui vient d’être publié souligne la combinaison simultanée et radicale de la finance et de la politique comme élément indispensable pour la réalisation efficace du programme de transformation après-2015. Les pays qui ont réalisé des succès significatifs pour les ODM sont ceux qui comptaient plus sur leurs ressources locales publiques et privées. Ceci contraste nettement avec la projection du Consensus de Monterey en 2002, où on se focalisait sur l’assistance officielle au développement (ODA) pour financer le développement. Les implications du rapport ERD pour le programme de développement après-2015 et pour le FfD qui aura lieu en juillet en Ethiopie sont multiples. La recherche critique le modèle paternaliste de développement et réitère que les nations du Sud ont la capacité si on n’y met pas d’obstacle. En effet, ce n’est pas un manque général de fonds qui sera le facteur contraignant pour réaliser un programme transformant de développement. C’est plutôt la manière dont les finances sont mobilisées et utilisées qui déterminera le succès pour atteindre les buts enchâssés dans l’agenda[3].

 

Malheureusement, le rapport ERD semble aller à contre-courant des principales politiques économiques des institutions mondiales comme le FMI, l’OMC, la BM et le G8. Ainsi, sera-ce la routine habituelle à la conférence FfD de juillet à Addis Ababa? Puisque la fin de la pauvreté et le développement inclusif sont le but principal du programme de développement post-2015, nous sommes amenés à penser qu’une nouvelle ligne d’actions est requise. En paraphrasant Albert Einstein; il est absurde d’espérer de nouveaux résultats quand les vieilles politiques sont recyclées dans de nouvelles codifications. Le Sud attend avec un mélange d’espoir et d’appréhension ! Y aura-t-il de nouvelles opportunités ou la même vieille histoire ? L’horloge fait entendre son tic-tac !

 

Chika Onyejiuwa

Secrétaire Exécutif



[1] Rapport européen sur le développement 2015: Combiner les finances et les politiques pour mettre en oeuvre un agenda transformant (Résumé de l’Exécutif).

[2] Ibid

[3] Ibid

 

 

 

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