1507/08 AEFJN ET LE PLAIDOYER BASE SUR DES FAITS

Ⓒ Andrzej Krauze

Guidé par les valeurs et l’éthique chrétiennes, AEFJN s’efforce de promouvoir l’équité et la justice économique dans les relations entre l’Europe et l’Afrique. AEFJN bénéficie de l’expérience pratique de la situation de l’Afrique à la base, grâce à son réseau de missionnaires qui étudient régulièrement l’impact des politiques de l’U.E. sur la population locale. Notre plaidoyer est donc basé sur des faits. Cependant, l’expérience nous a appris que, pour traiter avec les officiels de la Commission Européenne et les parlementaires, aussi bien qu’avec les gouvernements nationaux dans le monde des sciences et des preuves empiriques, il faut des données documentées et pertinentes au-delà de celles qui sont présentées par le monde des affaires qui ne s’intéresse qu’à justifier et défendre ses profits. Ceci ne suggère pas que de telles données provoquent toujours automatiquement la réponse politique souhaitée. Nous reconnaissons que c’est un impératif moral, pour les politiques économiques, d’être donneuses de vie, sans quoi elles deviennent de véritables instruments de mort. C’est à ce niveau de conscience que nous invitons les décideurs politiques de l’U.E. grâce à notre plaidoyer basé sur des faits. Dans cette veine, le réseau AEFJN s’est embarqué récemment sur trois ensembles d’études de cas sur l’accaparement des terres, le commerce et les industries extractives. Nous avons le plaisir de présenter deux études de cas du premier ensemble, notamment : Les Impacts des APE sur le Kenya et Koudiadiène; une exploitation minière à l’épreuve… des textes dans l’édition d’août des Echos. Les autres études seront présentées dans les éditions suivantes.

Avant que l’étude sur les APE soit entreprise, AEFJN avait soutenu que les Accords de partenariat économique (APE), dans leur forme présente, ont des répercussions plus graves que le bien qu’ils promettent d’apporter à l’Afrique. Cette étude confirme donc notre position. Ce qui est difficile à comprendre, c’est la propagande inflexible de l’U.E., selon laquelle les APE sont les meilleures choses qui se soient jamais produites en Afrique, même lorsqu’il reste de nombreuses questions non résolues toujours à traiter. De plus, l’U.E. maintient que les APE “sont taillés sur mesure” pour s’adapter aux circonstances régionales spécifiques de l’Afrique, et qu’ils vont au-delà des accords conventionnels de libre-échange en se focalisant sur le développement des pays ACP. Cela semble plausible mais cela ne dit pas tout ! L’Afrique doit être autorisée à élaborer ses objectifs de développement et les stratégies pour les réaliser à la lumière des tendances globales. Ce n’est qu’alors qu’elle pourra entrer dans des APE profitables avec l’U.E. Si l’Afrique n’a pas d’espace politique pour définir ses objectifs de développement, les APE empêcheront sa croissance !

Contrairement à la position de l’U.E. selon laquelle les APE détiennent les clés magiques du développement de l’Afrique, l’étude suggère que l’Afrique peut se développer mieux sous une certaine forme de contrôles restreints du commerce qui protègent sa base industrielle naissante comme ce fut le cas pour les nations de l’Occident. Comme pour soutenir l’étude, l’Association des manufacturiers du Nigeria[1] a salué son nouveau Président avec un rejet absolu des APE sous leur forme présente. D’autres voix indiquent la même direction.

Par-dessus tout, l’étude démasque l’intention réelle de l’U.E. dans l’accord commercial de Cotonou. Visiblement, les objectifs de développement de l’Afrique n’avaient aucune signification pour l’U.E. Le soi-disant “Le commerce, c’est le développement” de l’U.E. par rapport aux APE est un rideau de fumée économique pour faire de l’Afrique le perpétuel fournisseur de ses matières premières. C’est un accord déséquilibré !

L’autre étude de cas sur l’accaparement de terres a été menée au village de Koudiadiène (un district de la ville de Chriflo), au Sénégal, connu pour son sous-sol riche en minerais. L’étude met en lumière les processus malhonnêtes d’acquisition de terres pour l’exploitation minière par des sociétés européennes et les conséquences qui en découlent pour la population, l’économie locale et l’environnement de Koudiadiène, par rapport aux Directives volontaires de la FAO sur la gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts, de la sécurité alimentaire et des codes sénégalais pour l’exploitation minière et l’environnement.

AEFJN continue donc à faire appel à une augmentation des efforts de l’U.E. pour développer un cadre complet avec des clauses contraignantes pour l’examen responsable des sources des matières premières provenant des pays en voie de développement. Ce qui est opérationnel actuellement, c’est une recette qui empêche le développement et nourrit des conflits dans les pays en voie de développement riches en minerais.

 


[1] Punch Newspapers. June 5, 2015 P.22

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